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Séminaire doctoral 2018-2019 - 1ere séance - domaine histoire

Mercredi 21 novembre 2018

L'expérimentation des Trente Glorieuses : une histoire contemporaine

 

Chercheur invité : Guy Lambert (Ensa Paris-Belleville, IPRAUS/UMR Ausser)

Intervenants : Eric Monin et Pierre Lebrun

Doctorante :  Juliette Pernin (EDSHS Lille3) 

Discutante :  Antonella Mastrorilli (Ensapl, domaine matérialité) 

Cadrage :

En dehors de la France où elle démarre à la Révolution (1789), la période généralement couverte par l'histoire dite contemporaine va de 1945 à nos jours. La spécificité de cette histoire (que l'on appellera histoire du temps présent en France) est de s'intéresser à des objets ou événement du passé récent qui demandent à être interrogés en convoquant une diversité de sources, de traces et de témoignages. Elle permet aussi, bien souvent, de révéler la concordance des thèmes ou sujets de préoccupation entre hier et maintenant.

En croisant différents registres de réflexion, la séance éclairera certaines questions récurrentes que soulève cette période récente, comme celle de l'innovation, et nourrira sa compréhension globale par l'analyse de veines d'expérimentations spécifiques et de postures théoriques ayant dialogué durant les années 1960-1970.

Mots-clés : histoire contemporaine, architecture, théorie, construction, innovation.

 Programme de la séance : 

  • 14h30 : Introduction, par Catherine Blain

 

  • 14h45 : Eric Monin : A quoi sert l'histoire de l'architecture aujourd'hui : un point de vue décalé

 

  • 15h00 : Juliette Pernin : L'échafaudage, la stabilité et l'innovation

 

  • 15h15 : Echanges

 

  • 15h30 : Guy Lambert : L'industrialisation de la construction au filtre de ses logiques productives (1940-1977)

 

  • 16h00 : Echanges et pause

 

  • 16h45 : Pierre Lebrun : Peter Collins vs Charles Jencks : L'architecture relève-t-elle de principes universels ou d'un savant bricolage ?

 

  • 17h15 : Echanges et conclusions

 

Interventions : 

A quoi sert l'histoire de l'architecture aujourd'hui : un point de vue décalé

Eric Monin (ENSAPL - LACTH, resp. domaine Histoire)

Comme bien d'autres disciplines qui « concourent à l'architecture » - article 6 de l'arrêté du 20 juillet 2005 publié auJournal Officielle 27 août 2005 - l'histoire enseignée dans les ENSA n'est pas une matière périphérique docilement subordonnée au projet. Bien au contraire, l'histoire pour l'architecte a la vocation d'entraîner les étudiants au cœur de l'édifié, au plus près d'une matérialité dont elle cherche à comprendre la mécanique. L'archéologie du projet fait de l'histoire le moteur d'une pensée en action qui stimule une approche militante, solidement ancrée dans le réel et attentive aux multiples traces qui en dessinent le contour.

L'échafaudage, la stabilité et l'innovation

Juliette Pernin, doctorante en 2e année au Lacth (EDSHS)

Les échafaudages existent depuis la préhistoire et leur raison d'être aussi bien que leurs principes constructifs sont restés largement inchangés jusqu'à nos jours. Ils ont cependant connu une innovation spectaculaire quand le matériau qui les compose est passé de bois à métal pendant la première moitié du XXesiècle. Cette évolution a permis d'une part d'enclencher un processus de standardisation et d'autre part de faciliter la construction d'échafaudages de très grande hauteur. En questionnant cette évolution technique à partir de ses représentations, notamment publicitaires, on peut chercher ce qu'elle implique, par exemple quant à la relation entre l'échafaudage et le bâtiment qu'il édifie, et ce qu'elle nous dit d'une rhétorique de l'innovation appliquée à un objet peu sensible aux effets du progrès. 

L'industrialisation de la construction au filtre de ses logiques productives (1940-1977)

Guy Lambert (ENSA Paris-Belleville, IPRAUS/UMR Ausser)

Durant tout le XXesiècle, les arguments ne manquent pas en faveur de l'industrialisation du bâtiment, dont on attend après la Deuxième guerre mondiale qu'elle permette de réduire lescoûts et lesdélais de construction. Si l'économie de main d'œuvre est systématiquement invoquée, la volonté de transférer en usine certaines étapes du chantier témoigne aussi du désir de s'affranchir des aléas climatiques. La place privilégiée qu'occupe la préfabrication dans le discours occulte en vérité la diversité des perfectionnements techniques alors mis au point. De nombreux produits du bâtiment (parpaings, pierres, briques, poutrelles, dalles de plancher) sont adaptés pour réduire les temps de pose. La répartition traditionnelle entre les différents corps d'état est également bouleversée, comme l'illustrent par exemple les grands panneaux intégrant le second œuvre. Mais d'autres logiques productives encouragent également l'amélioration du matériel de chantier (coffrages de grande dimensions, chauffants, tunnel), la recherche de rentabilité passant ici par une industrialisation de l'outillage et non seulement des produits du bâtiment.

Peter Collins vs Charles Jenks : L'architecture relève-t-elle de principes universels ou d'un savant bricolage ?

Pierre Lebrun (chercheur Lacth)

Au tout début des années 1970 les architectes Peter Collins et Charles Jencks ont publié chacun un ouvrage portant un regard singulier sur l'architecture moderne. Celui de Collins - Juger l'architecture- dans la continuité de ses deux ouvrages précédents cherche à doter l'architecture d'un socle de principes qui lui permettent de dépasser les querelles stylistiques et historiques tout en se maintenant à la pointe de l'évolution technologique tandis qu'il rejette la posture romantique consistant à imaginer une architecture d'avant-garde, toujours en avance sur son temps. Au même moment Ch. Jencks publieAdhocisme, la pertinence de l'improvisation, ouvrage dans lequel il réfute également tout idéalisme en architecture mais en affirmant que le concept de « principe » est obsolète. Il estime en effet que la pratique de l'architecture relève désormais d'un savant bricolage. Ces deux postures seront évoquéesen cherchant à montrer en quoi elles conservent une actualité. 

Bio-bibliographies :

Eric Monin est architecte, professeur HDR en histoire et cultures architecturales à l'École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille et chercheur au LACTH. Ses travaux portent sur l'histoire de l'éclairage artificiel électrique, les composants de second œuvre utilisés dans la construction après la Seconde Guerre mondiale et sur l'éclectisme des représentations figurées en architecture. Il a notamment publié « Festival architectures : a well-ordered spectacle », in Harry Mallgrave (dir.), Companion to Architecture in the Age of the Enlightenment, Wiley Blackwell Publishers, 2017; « L'architecture surexposée », in Stéphane Doré, Frédéric Herbin (dir.), L'architecture exposée, Bourges : ENSA de Bourges, 2015, p. 111-119; « À la recherche d'une lumière exacte », in Franz Graf et Giulia Marino (dir.), Les dispositifs du confort dans l'architecture du XXe Siècle : connaissance et stratégies de sauvegarde, Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2016, p. 280-302.

Juliette Pernin est architecte, doctorante en 2ème année au laboratoire LACTH à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture et de Paysage de Lille (ED SHS Lille3), sous la direction d'Eric. Monin. Sa recherche, intitulée L'échafaudage, un événement d'architecture dans l'espace public. Entre technique et imaginaire, porte sur les échafaudages, leurs représentations et l'événement qu'ils constituent dans l'espace public. Publications : « Mont(r)er la plaine — Trois œuvres dans le polder néerlandais », Les cahiers thématiques, janvier 2018, n°17, p. 83-95.

Guy Lambert est historien, docteur en Histoire socio-culturelle, maître de conférence à l'Ensa Paris-Belleville, chercheur IPRAUS/UMR AUSSER. Ses recherches portent sur les rapports entre architecture, techniques et société (xixe et xxe siècles), examiné à travers des thèmes tels que la profession et la formation des architectes, le dépôt de brevets d'invention et la littérature technique ainsi que des objets d'études allant des premiers monte-charges jusqu'à l'industrialisation de la construction. En lien avec les sujets traités ici, il a codirigé : Encyclopédie Perret (avec Jean-Louis Cohen et Joseph Abram, 2002), Auguste Perret. Anthologie des écrits, conférences et entretiens (avec Christophe Laurent et Joseph Abram, 2006) et L'architecte dans les mondes de l'architecture (avec Franck Delorme ; Colonnes. Archives d'architecture du XXe siècle, n° 33, 2017). Il a également consacré à ces questions deux rapports de recherche : Publications techniques et stratégies éditoriales. Du Plan Construction au PUCA (1971-1998), (Cnam/CDHTE, PUCA, 2005) et Ensembles urbains. 1940-1977. Les ressorts de l'innovation constructive, rapport de recherche (dir. avec Valérie Nègre, Cnam/CDHTE, DAPA, 2009) dont sont issus plusieurs articles.

Pierre Lebrun est architecte, docteur en histoire de l'architecture et chercheur au LACHT. Recherches portant sur l'histoire du béton armé, sur l'architecture religieuse moderne et sur l'incidence des évolutions qu'a connu le 20e siècle sur la conception de l'architecture moderne. Il a publié les ouvrages suivants : Juger l'architecture, traduction et introduction de Architectural Judgement de Peter Collins (1971), Gollion, Infolio, 2017, 310 p. ; Le temps des églises mobiles, l'architecture religieuse des Trente Glorieuses, Gollion, Infolio, 2011, 352 p. ; Les principes de l'architecture moderne et leurs transformations (1750 - 1950), traduction de Changing Ideals in Modern Architecture 1750-1950 de Peter Collins (1965), Marseille, Parenthèses, 2009, 482 p. ; Splendeur du béton : les prédécesseurs et l'œuvre d'Auguste Perret, Paris, Hazan, 1995, 576 p. ; traduction de Concrete : the Vision of a New Architecture : A Study of Auguste Perret and His Precursors, Londres, Faber and Faber, 1959, 365 p. 


Programme téléchargeable ici

 

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