Le choix du thème de ce cycle de conférences ressort de l'observation de l'émergence d'une nouvelle actualité des liens entre agriculture et métropole. Ces liens ont une incidence notable sur les pratiques de projet tant dans le domaine de l'architecture que dans celui du paysage. Ils questionnent l'urbanité de demain.
Champs partagés
Le contexte de l'après Kyoto est celui de l'émergence de nouveaux questionnements. Ces derniers n'épargnent ni la métropole, ni l'agriculture. Certains se superposent ou se recoupent, d'autres convergent et se complètent,... Cette croisée de regards interroge autrement les relations entre la métropole et l'agriculture. Ainsi, le renouvellement programmé de la Politique Agricole Commune (PAC), la volonté du Grenelle de l'Environnement pour la conversion des exploitations en agriculture biologique ou la production d'énergie renouvelable à partir de la biomasse sont autant de questions qui devraient, dans les années à venir, modifier en profondeur les pratiques agricoles. Celles-ci ne seront pas sans incidences pour la ville de demain. D'autre part, les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES), de maîtrise des dépenses énergétiques ou encore de sauvegarde de la biodiversité - pour ne citer que quelques exemples indéniables - auront également de lourdes conséquences pour les métropoles, et ce à toutes les échelles. Loin d'être un frein à l'inventivité projectuelle, cette nouvelle donne engage les professionnels à reconsidérer leurs pratiques et à ouvrir de nouvelles perspectives.
Nouvelle alliance
Dans ces conditions, l'agriculture et la métropole semblent à la veille d'une « nouvelle alliance », comme en témoigne la convergence actuelle de plusieurs projets. De nouveaux équilibres, de nouveaux conflits et de nouvelles cultures se font jour et c'est sans doute l'un des traits les plus étonnants de la ville contemporaine. Fermes verticales, Parc Rural Expérimental, agroparcs, « guerilla gardening », etc. témoignent d'inventions typologiques ou programmatiques illustrant cette tendance. Par ailleurs, comme souligné par le géographe Michel Lussault, la Consultation internationale sur le Grand pari de l'agglomération parisienne a fait, de manière assez inattendue, la part belle à l'agriculture et la forêt. Les productions du groupe Descartes, de Michel Desvigne pour l'équipe Jean Nouvel ou encore d'Antoine Grumbach - pour n'évoquer que ces cas saisissants - l'illustrent à l'évidence. Enfin, plusieurs expériences pilotes, telles que celles menées à Montpellier, à Barcelone ou dans la Randstad hollandaise, interrogent et renouvellent, tant en France qu'à l'étranger, ces liens entre agriculture et métropole.
Nouvelles perspectives
Cette nouvelle donne n'est pas sans conséquences sur les pratiques qui font la ville. De nombreux projets se font dorénavant sur la base de partenariats inédits entre architectes et paysagistes, entre acteurs et chercheurs, entre usagers et spécialistes, entre techniciens et rêveurs. Dans ce cadre, la recherche, qui souvent se distingue de la pratique, trouve de nouveaux sujets d'investigation et, surtout, matière à s'intégrer aux processus de fabrique des métropoles contemporaines.
L'ambition de ce cycle de conférences de l'ENSAP de Lille est donc de prendre la mesure de ces changements, de donner à comprendre cette mutation et du recul sur cette actualité. C'est pourquoi la parole sera donnée aux chercheurs et aux acteurs tantôt alternativement, parfois conjointement.