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HISTOIRE

Histoire de l’architecture : de la trace du projet au fond du récit

En mettant l'accent sur les méthodes contemporaines de recherche en histoire de l'architecture, le précédent projet scientifique insistait sur trois points qui ont conditionné et caractérisé une grande partie des travaux réalisés au sein du domaine histoire du Lacth :
- une chronologie étendue de l'œuvre ou des œuvres étudiées permettant de comprendre les temps de la conception, de la réalisation, de la diffusion des images, les temps des différents usages, celui des transformations et (ou) des nouveaux usages, celui de la reconnaissance historique du temps présent,
- la réception de l'architecture (nourrie des théories de Hans Robert Jauss) pour mieux appréhender les relations intersubjectives établies entre l'œuvre et le public,
- l'écriture de l'histoire comme le moyen de transmettre les résultats de l'enquête menée par le chercheur par une mise en récit capable d'exposer une chronologie rigoureuse conduisant à une série d'interprétations nuancées.
 
Le nouveau programme de recherche du domaine histoire souhaite réaffirmer ces orientations méthodologiques en mettant l'accent sur trois thématiques déjà bien ancrées dans les pratiques des chercheurs du laboratoire et qui témoignent d'une culture partagée :
- Longtemps stimulée par les travaux du séminaire de recherche « archéologie du projet », la pratique de l'histoire de l'architecture au sein du Lacth est encore très largement motivée par l'attention extrême portée à l'objet construit. De l'objet au sujet, il s'agit de sonder l'architecture dans toute sa diversité pour mieux en cerner une richesse et une originalité sur lesquelles s'appuieront de nouvelles problématiques de recherche. À un moment où ne cessent de se répéter de violentes attaques contre un patrimoine contemporain mal-aimé, cette approche archéologique mérite plus que jamais d'être remise à l'ordre du jour afin d'exalter les qualités parfois trop vite oubliées de réalisations méconnues.
- Au-delà des phénomènes de réception, la représentation de l'architecture raconte les rapports complexes qu'entretien cet art avec la société. Ponctuelles ou diachroniques, commandées par des campagnes de communication ou des logiques de diffusion finement orchestrées ou bien encore issues de manifestations spontanées, quels que soient les techniques ou les formats utilisés, les représentations de l'architecture contemporaine abondent et révèlent quantités de discours et de points de vues originaux qui donnent à l'historien l'occasion d'exploiter des ressources parfois inattendues.
- Enfin, quand la représentation rencontre l'architecture, c'est bien souvent pour stigmatiser des moments clefs d'une temporalité élargie, des instants qui célèbrent, altèrent, font ou défont l'intégrité d'une œuvre à l'occasion de petits ou de grands bouleversements. L'architecture n'en ressort pas indemne, et quand elle n'est pas réduite à l'état de souvenir, elle se transforme plus ou moins radicalement pour s'adapter à de nouvelles exigences, pour surmonter des désordres internes ou contrecarrer des assauts extérieurs. Tandis que les transformations territoriales s'inscrivent dans de grands mouvements décrits par l'histoire des villes, les transformations de l'architecture contemporaine restent encore un sujet presque tabou, comme si les états successifs d'un édifice ne témoignaient qu'une situation d'échec.
 
Convoquer une archéologie du projet, mettre en exergue la question des représentations de l'architecture ou bien de ses transformations contribue à interroger l'œuvre dans un rapport de proximité qui implique une connaissance intime du projet. Cette étroite connivence avec l'objet construit permet au chercheur de mettre au jour de nouveaux indices, des traces infimes, de nouvelles sources dont l'exploitation raisonnée sert à documenter plus précisément le projet pour mieux le comprendre. La singularité de la démarche sous-tendue par les méthodes mises en exergue dans le précédent projet scientifique vient alimenter un nouveau programme plein de promesses comme le laissent deviner les dernières actions réalisées dans le cadre du laboratoire.
 
1. Une archéologie du projet
Directement inspirée par l'intitulé et le contenu du séminaire dispensé depuis près de vingt ans à l'ENSAP de Lille, cette approche propose de réaffirmer une manière de faire de l'histoire de l'architecture profondément ancrée dans la réalité des objets étudiés. Tandis que l'obsolescence plane sur quantité de programmes aujourd'hui malmenés, avec souvent le spectre de la disparition agité par un jeu de pressions économiques et politiques, cette démarche propose d'interroger les qualités de l'architecture au plus près du projet pour rappeler le sens particulier de ces édifices et mieux en apprécier la valeur. Bâtiments publics, édifices cultuels, équipements industriels, commerciaux ou de loisir, logements individuels ou collectifs, aucun programme n'échappe à ce corpus d'étude qui a connu une glorieuse période de renouvellement dans les années de l'après-guerre, jusqu'au premier choc pétrolier.
La notion de trace développée par l'historien Carlo Ginzburg est une des notions opératoires les plus stimulantes pour toucher au cœur de la réalité de ces réalisations et tenter d'échafauder des « prophéties rétrospectives » stimulées par la fameuse méthode indiciaire de Giovanni Morelli. Basée sur l'exploitation de faits marginaux considérés comme révélateurs, finement décrits avant d'être soumis à l'interprétation, cette histoire participe à l'augmentation des sources compilées en archives complétées par de nouveaux signes qui servent à documenter plus précisément l'objet étudié. Les marques ou les stigmates de l'histoire révèlent alors les qualités et les défauts d'un projet, laisse entrevoir les failles qui expliquent les héritages douloureux, les traumatismes ou les ruptures qui se jouent entre l'œuvre et la société.
Dans cette voie, les travaux menés sur l'histoire des nouveaux programmes architecturaux révèlent l'importance d'une thématique qui a encore beaucoup de choses à nous apprendre comme le montrent les travaux développés sous la direction de Franz Graf au laboratoire des techniques et de la sauvegarde de l'architecture moderne (ENAC-TSAM) de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne , un établissement avec lequel le domaine histoire du Lacth entretien aujourd'hui des liens étroits.
Enfin, il est important de rappeler comment en exhumant de nouveaux documents qui viennent alimenter l'écriture de l'histoire de l'architecture contemporaine cette archéologie des formes et des environnements construits sert aussi au projet global de production de connaissances qui anime chacun des domaines du Lacth. En réactivant à l'échelle d'une architecture parfois banale la valeur scientifique attribuée par Aloïs Riegl aux monuments historiques, cette approche se concentre sur l'extraction d'une vérité historique cachée derrière la carapace d'ouvrages ternis par le temps mais parfaitement disposés à livrer leurs secrets.
 
2. L'architecture et ses représentations
En s'intéressant à « l'architecture et ses images » dans la première moitié du XXe siècle, Gérard Monnier a déjà souligné les liens étroits qui relient l'œuvre et ses formes médiatisées dans des stratégies de contrôle visuel du projet, où finalement « la nouvelle architecture est du côté de l'affiche moderne, du dessin animé, des graphismes nouveaux, des photos contrastées, des schémas » . En dehors de ces logiques d'agences, Ernst Gombrich avait déjà signalé au début des années soixante, comment « le progrès et la vulgarisation des procédés de représentation » avaient radicalement transformé notre rapport à l'image, en créant une situation devant laquelle l'historien ne pouvait rester indifférent.
La multiplication des supports et des stratégies de communication ne datent pas de l'ère du multimédia ni de l'utilisation de la photographie dans la publicité. L'architecture n'a pas attendu le XXe siècle pour devenir image de marque en colonisant les emballages et en s'imposant sur les papiers à en-tête. Les articles récemment parus dans le n°30 de la revue Sociétés & représentations, dirigé par Gérard Monnier et Evelyne Cohen - une livraison invariablement intitulée « L'architecture et ses images » -, ou dans le n°12 de la revue Les Cahiers Thématiques témoignent de l'emprise croissante des images d'architecture sur notre quotidien, comme un décor en perpétuelle recomposition.
De l'objet construit à l'incroyable diversité de ses représentions, se poursuit finalement la quête sans relâche des signes imperceptibles et des traces évoqués dans le paragraphe précédent. Insister sur le corpus illimité des représentations de l'architecture, c'est reconnaître toute leur importance aux pièces qui justifient l'histoire « et auxquelles la malice et l'ignorance n'ont pu donner atteinte » . Les supports qui accueillent l'architecture dépassent largement le domaine de la numismatique exploré par Francis Haskell, mais l'ambition reste la même : décrypter la mise en récit ou en image d'un phénomène pour tenter de mieux le cerner en multipliant les comparaisons et les confrontations qui révèlent la richesse et la diversité des points de vue. Analyser les techniques, les formats, les styles utilisés, les conditions de diffusion qui accompagnent l'émergence de ces petits monuments érigés en réaction à l'installation d'un édifice revient déjà à parler de réception en sondant l'opinion.
Comme l'approche archéologique décrite précédemment, l'étude des représentations de l'architecture contemporaine permet la mise au jour de nouvelles sources qui deviennent les documents d'une histoire renouvelée. Un lien évident et prometteur s'installe avec le champ des visual studies, même si les représentations de l'architecture intègrent également tout un corpus d'enregistrements sonores et de témoignages oraux qui ne font que confirmer la richesse de la thématique.
 
3. Logiques de transformation
Dans une chronologie étendue, l'histoire d'un édifice raconte quantité de variations, d'épisodes houleux faits de ruptures et de conflits qui témoignent parfois tout simplement de la réalité d'une œuvre exposée aux outrages du temps - l'essentiel des « défauts adventices » déplorés par Alberti dans son De re Aedificatoria (livre X, chapitre I) . Dans ce contexte mouvementé, les événements se succèdent, les avis unanimes finissent par diverger et s'opposer, relayés par des expertises contradictoires. Au rythme d'une grande pulsation qui témoignerait à la fois de la vitalité du débat qu'elle suscite et des avaries qu'elle subit, l'architecture traverse l'histoire en perpétuelle transformation.
Considérer l'achèvement contractuel du chantier comme un état abouti ne serait que pure illusion, l'expression d'un idéal d'architecte, une promesse de table à dessin. Investi, usé, restauré, embelli, obsolète, restructuré, désaffecté, ruiné, classé, protégé, le projet connaît toute une série d'états physiques successifs liés à une histoire tourmentée qui cache bien des aléas dont on retrouve difficilement la trace. Un dépouillement attentif de la presse locale, des témoignages oraux rassemblés patiemment permettent parfois d'identifier ces moments clefs. A une échelle moins fine, l'iconographie exalte souvent ces changements troublants avec l'apparition ou la disparition de détails, de formes, d'ouvertures, la modification d'immeubles voisins ou la reconfiguration de contextes en mutation. Les événements qui secouent l'architecture, toutes ces « brusqueries efficaces » comme les nommait Henri Focillon, donnent à voir « un treillis de représentations et de faits, un composite de discours et d'expériences » rassemblés par Michel Poivert dans l'exposition « L'événement, les images comme acteurs de l'histoire » organisée en 2007 à la galerie du Jeu de Paume. Transformiste, l'architecture devient alors l'objet d'un spectacle qui suscite tour à tour la curiosité et le trouble, le bien-être et l'inconfort, l'amour et la haine. Un dialogue perpétuel s'établit alors entre ces états successifs et l'opinion avec la mise en place d'une réception permanente le plus souvent infléchie par des édiles, rarement par des spécialistes patentés.
L'étude de ces états successifs et des passages de l'un à l'autre, permet de mettre en évidence les articulations qui s'opèrent entre les temporalités courtes de l'événement et le temps long de l'architecture, de mieux cerner les enjeux qui se trament et d'évaluer les conséquences d'une crise en perpétuel devenir. Cette approche propose de décrire et d'explorer les rouages d'un mouvement dont on connaît moins la mécanique historique que les vertus esthétiques.
 
 

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