Image
Ecole nationale supérieure d'architecture et paysage de Lille
Image
Image
Image
Valider
Image
ensapl English
Image
Ecole nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille
Image
Recherche
  l  
LACTH : Programme scientifique 2013-18
  l  
Domaine Matérialité
Image
Image
MATERIALITE

Pensée et culture constructives

La matérialité semble se définir en étroite relation avec la matière et les matériaux, par contraste avec eux, tout en y renvoyant sans cesse. Elle peut en effet être considérée comme la deuxième étape de mutations progressives, d'abord de la matière, dite "première" voire pour certains "naturelle", devenue matériau par transformation physique (chimique) ou psychologique (culturelle). Ensuite la matérialité en tant que mise en œuvre spécifique des matériaux entre eux, devient langage. Elle produit des effets qui dépendent des matières mais ne s'y réduisent pas. Le matériau renvoie à la sensation, au sensible, à l'expérience esthétique quand la matérialité renvoie au sentiment, à l'émotion, au mode de pensée.
Pourtant à y regarder de plus près, force est de constater le caractère polysémique du terme matérialité, qui s'entend alors autant en termes physiques (la masse) qu'immatériels (l'impalpable), en termes visibles (l'objet) qu'invisibles (le climat), en termes constructifs (structure, enveloppe, assemblages) que simplement fictionnels (représentation, information), en terme sensible qu'en terme de récit culturel, convoquant autant la philosophie que la sociologie (projections collectives), l'ingénierie que l'art.
 
La question polysémique s'accompagne ainsi d'un caractère pluridisciplinaire et mobilise ainsi divers champs :
- l'histoire, histoire matérielle de l'architecture (qui place au centre de ses préoccupations les questions liées à la production du bâti, au chantier, aux matériaux, aux savoir-faire, aux métiers) mais aussi histoire de l'art en lien avec l'histoire des sciences et des techniques (épistémologie). L'origine de l'architecture est toujours en débat entre la structure, l'ossature (abbé Laugier) et la texture, la surface tissée (Semper), entre la construction solide (l'abri, la cabane primitive) ou l'ambiance, l'environnement bien tempéré du feu de camp (Reyner Banham). La question morale de la vérité (vérité constructive, la vérité en architecture) croise régulièrement celle de l'excès (le baroque) ou de l'efficacité (St Simon).
- l'art, et particulièrement les interactions entre la forme et la matière. La forme est parfois pensée indépendamment de la matière. Parfois la matière induit une forme. La construction peut être un art. La lumière est un matériau d'architecture.
- la philosophie, avec par exemple la question de la technique, si chère à Heidegger ou Simondon, mais aussi les questionnements sur l'intuition sensible (Dewey) et la phénoménologie (Hegel, Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty)
 
Ainsi, les problématiques de ce domaine de recherche s'articulent autour de deux orientations. La première, identifiée par le concept de tectonique, s'intéresse à l'idée constructive, au geste et à la mise en œuvre de la matière. La seconde, que l'on désignera de a-tectonique, s'intéresse à la fois aux effets visuels de la mise en œuvre (transparence, reflets, etc.) et aux données climatiques (qualité de l'air, humidité, chaleur). Il s'agit en réalité d'une autre tectonique, hors la primauté de la vue, et qui répond aux exigences actuelles en termes d'énergie et de maîtrise des ambiances.
Dans ce sens, la matérialité renvoie à certains phénomènes de l'ordre de l'immatériel, qui se prêtent moins à la représentation. Pour autant, il s'agit bien ici d'observer ces phénomènes non comme une disparition de la matière, mais comme un travail sur une matière “autre”.
 
1. Tectonique
 
Sous cet intitulé sont regroupées les problématiques qui participent à la fois de l'histoire de la construction et des techniques, mais aussi de l'histoire des sciences et de l'histoire des idées. Cette dernière, en particulier, n'étant pas figée dans des limites “disciplinaires” préconstituées, se montre surtout efficace car elle nous permet de traverser librement le complexe mélange d'éléments intellectuels et sensibles qui constituent les différentes visions du monde auxquelles l'architecture participe.
N'appartenant stricto sensu à aucun de ces champs de savoirs constitués, ce domaine trouve son intérêt par la façon dont il propose de croiser les regards entre ces différents champs et de montrer leur inévitable imbrication.
Entre autre, l'accent sera mis sur la notion de tectonique telle qu'elle a été reformulée en 1995 dans l'ouvrage de Kenneth Frampton (Studies in Tectonic Culture : The Poetics of Construction in Nineteenth and Twentieth Century Architecture, MIT Press). Frampton remarque que conjointement à une pensée de l'espace et de la forme, la plupart des architectes du 20e siècle a développé une poétique de la construction et une philosophie de la matérialité que la culture moderne, avec son attention presque exclusive à la notion d'espace, a souvent négligée. Cette définition générale de tectonique comme “poétique” de la construction et de la matérialité qui influence et crée un espace, ouvre un champ d'analyse très vaste permettant d'interroger (ou mieux de réinterroger) des productions architecturales remarquables afin d'en comprendre les raisons techniques.
 
Si l'on croise les définitions originaires de Schelling, Bötticher et Hume, la tectonique est le système de représentation architecturale de l'idée constructive pour lequel les formes doivent répondre aux lois de la statique et à la nature des matériaux. Mais elle est aussi l'image de la construction traduite par l'œuvre de l'architecte. Cette notion, déjà à partir de ses formulations initiales, évoque avec beaucoup de force les strictes relations entre les matériaux, les techniques de construction et la forme architecturale, et s'offre aujourd'hui comme une manière d'interroger la dialectique culturelle entre conception et construction. Principe de médiation entre la réalité et son image, elle ouvre aussi à une réflexion sur l'expressivité constructive de l'architecture permettant de lire l'acte constructif non seulement comme un “fait matériel” mais aussi comme un fait intellectuel et artistique capable d'engendrer des connaissances transmissibles. Le concept de tectonique devient donc une clé herméneutique qui nous aide à analyser, iuxta propria principia, les fondements de la construction quand ils se confondent encore avec d'autres formes de savoirs et de pensées et se cachent sous d'autres problèmes. Cette notion, aujourd'hui en phase de reformulation et de gestation conceptuelle, après des années d'hibernation, se montre souvent encore énigmatique et difficile à situer théoriquement. Toutefois elle montre tout son intérêt quand l'on veut interroger les conditions d'un dialogue actif et sensible entre la conception et la construction du projet, entre la pensée et l'objet ou, dans l'ancienne dichotomie vitruvienne, entre fabrica et ratiocinatio.
 
Elle peut donc servir de charnière à quelques interrogations générales sur les conditions d'un dialogue actif entre la conception et la construction du projet d'architecture, sur le potentiel (structurel, expressif, logique, représentatif, évocateur, symbolique, etc...) des matériaux à exploiter dans la phase de conception, sur le positionnement face à la technique, sur les conditions d'un rejaillissement culturel de l'acte constructif.
 
D'un point de vue particulier, l'accent sur la tectonique permet de mettre en évidence la capacité expressive, voire poïétique et poétique de la construction
- approfondir la question de la dimension matérielle de l'architecture et celle de la construction en relation avec la pensée et le projet d'architecture
- mettre en relation les rapports entre les idées, les représentations et la matérialité dans le projet
- mettre en évidence les différentes implications de la matérialité dans l'évolution de la pensée et dans la production d'œuvres emblématiques
- comprendre le rôle de préfabrication et production standardisée
- comprendre la tension entre matériaux traditionnels et nouvelles situations structurales
- analyser sous l'optique de la valeur éthique et morale de la tectonique, le principe de contrefaçon de la matière et de la vérité de la structure.
- analyser l'influence des raisons politiques, religieuses, sociales sur l'évolution technique de l'architecture
- les systèmes de construction archétypaux et l'éventail de modes de constructions actuels dans leur réponse aux exigences nouvelles
- saisir le statut mimétique des principes constructifs vis-à-vis du modèle naturel
- étudier l'architecture non comme une succession temporelle de formes stylistiques, mais comme un processus évolutif des techniques de construction.
 
L'objectif de ce domaine de recherche n'étant pas de répondre à ces interrogations mais plutôt de les soulever et les travailler.
 
2. A-tectonique
 
En termes contemporains, face à une production du projet qui n'apparaît plus associable à l'architecture “vitruvienne”, d'autres questionnements s'ouvrent, qui sont directement liés à la dimension matérielle et constructive de l'architecture (on se réfère ici à l'architecture morphogénétique et performative). Dans ce nouveau processus, l'architectonique immanente à la construction semble avoir perdu tout son sens et souvent les termes "liquide" ou "fluide" sont censés l'adjectiviser. Une sorte d'altérité aux valeurs traditionnelles de l'architecture semble s'opposer à la vision constructive et analytique qui prévoyait une composition rationnelle et anti-iconique. Par cette liquidation du modèle architectural traditionnel aujourd'hui, des nouveaux concepts et des nouveaux mots semblent être appelés à fonder l'œuvre architecturale. Mots et concepts tels que création, expression, liberté, vérité, authenticité substituent l'ancien vocabulaire qui lie l'architecture à l'invention, à la composition, au modèle, en modifiant les moyens et les valeurs de la pratique architecturale, sa tectonique, son échelle. C'est encore une fois la philosophie de l'art allemande qui nous fournit une clé de lecture appropriée. Dans son ouvrage, Principes fondamentaux de l'histoire de l'art : le problème de l'évolution du style dans l'art moderne, paru à Munich en 1915, Wöllfflin utilise le terme tectonique et a-tectonique, pour définir les deux formes (ouverte et fermée) de l'œuvre d'art. Ainsi, la forme tectonique renvoie à une unité organique et à tout ce qui est stable, symétrique, construit, accompli, contenu dans des limites. Par contre, la forme ouverte, a-tectonique, relève de l'idée de mouvement, de contraste, d'instabilité, de franchissement des limites. Ainsi, l'architecture morphogénétique, mais aussi l'air, l'énergie, les effets sensibles de la matière et les aspects immatériels de l'œuvre architecturale, s'inscrivent dans ce registre.
 
Il est possible d'interroger la tectonique comme contenant (forme fermée, enveloppe) pour penser la tectonique comme contenu (forme ouverte qui s'inscrit dans des limites). Dans ce cadre, l'exemple de l'architecture pneumatique des années 60 et 70 nous montre combien l'air sous pression est autant un matériau de construction que le film PVC qui le contient. On observe ainsi un premier basculement de ce que l'on entend traditionnellement par matériau de construction. Si l'air devient un enjeu constructif, sa qualité, sa température, son hygrométrie, sa pression, sa vibration (par la musique) voire son parfum peuvent le devenir tout autant. L'accent mis sur les questions énergétiques, sur les questions climatiques permet d'étudier une matérialité de l'architecture sensible, mais pas forcément visible (matérialité a-tectonique). On pourrait parler alors de la matérialité de la matière invisible (dont le silence, les sons, l'écho). Un deuxième basculement permet enfin d'observer quand la pensée d'une atmosphère homogène a évolué vers une pensée de l'atmosphère hétérogène. La pensée de l'espace se précise en le désignant moins comme vide que comme "milieu" ou " environnement ", plus ou moins déterminé par la météorologie, et qui construit des ambiances fluctuantes qui engagent à s'intéresser à la matérialité de la durée, du temps, de l'instant.
 
Dans une vision contemporaine de la matérialité ce domaine vise alors à développer les questionnements suivants :
- quelles sont les conséquences de ce dépassement de toute référence à la tectonique ou à la cohérence et à la logique structurelle là où une vision de l'architecture comme continuum semble s'opposer à l'approche stéréotomique de la matière cartésienne ?
- Quelles conséquences suivent à ce renversement de la séquence traditionnelle qui voit, dans une première phase, le développement de la forme et, ensuite, l'analyse de sa réalité dimensionnelle et structurelle et de sa matérialité ?
 
La question qu'on peut se poser alors, en termes plus généraux, est la suivante :
- quelles sont, dans ce contexte, les implications actuelles des éléments de la triade vitruvienne de firmitas, utilitas et venustas ? Il s'agit de déclarer l'autonomie de l'architecture, relativement aux raisons qui l'ont engendrée (tectonique) et qui découlent de son être, ainsi que de sa définition implicite même ?
 
On voit bien alors que l'intérêt de ce domaine ne concerne pas l'affirmation en elle-même d'une pensée tectonique (ou, de façon complémentaire, a-tectonique), d'une philosophie et d'une poïétique de la matérialité, mais plutôt le kaléidoscope de ses variantes et de ses reformulations vis-à-vis du problème plus général du projet de la structure et de ses fondements techniques et matériels. La tectonique sera alors une sorte de fil rouge pour traverser le cadre complexe des sciences et techniques en architecture. Toutefois elle n'empêchera pas de mettre en place d'autres modalités pour aborder la pensée constructive. Ces modalités seront aussi liées aux différents chercheurs et aux thèmes de recherche qui seront abordés.
 

 

 
Image
ENSAPL Ecole nationale supérieure d'harchitecture et de paysage de Lille
Recherche ENSAPL
Image
Image
Image
Image
Image
Image
L'ensapLille est membre de la
Conférence Régionale des Grandes Ecoles
 
L'ensapLille est partenaire
de l'Université de Lille
Image