Le sentiment du monde. Expérience et projet de paysage

12 Fév 2020 | Les publications de la recherche à l’ENSAPL, Nos actualités, Ouvrages, Publications

En lien avec l’expérience d’œuvres contemporaines (de Tacita Dean, Willie Doherty, Hatakeyama Naoya, Bethan Huws, Santu Mofokeng, Walter Niedermayr, Anri Sala et Seton Smith) et architecturale (de Naito Hiroshi), et avec une incursion dans l’histoire récente de la notion de paysage au Japon, l’auteure développe ici l’interprétation donnée par le neuropsychiatre Erwin Straus (1891-1975) en 1935 de l’« espace du paysage ». Proche de la phénoménologie, cette interprétation amène une reconsidération politique du paysage comme étant l’expérience polysensorielle de l’être-vivant et comme moment en lequel celui-ci éprouve le monde en s’éprouvant lui-même dans le monde et rencontre autrui. Straus enseigna du reste un temps au Black Mountain College, la célèbre école d’art américaine basée sur les principes du Bauhaus.

L’auteure

Catherine Grout est professeure d’esthétique HDR à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, chercheuse au LACTH, ancienne résidente à la villa Kujoyama (1994-1995), auteure de Pour une réalité publique de l’art (L’harmattan, 2000) ; L’Émotion du paysage. Ouverture et dévastation (La Lettre volée, 2004) et L’Horizon du sujet. De l’expérience au partage de l’espace (La Lettre volée, 2012).

Avant même d’en débuter la lecture, le titre de cet ouvrage – Le Sentiment du monde – saisit le lecteur par sa puissance. Cet essai, écrit par Catherine Grout, professeure d’esthétique à l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, fait suite à deux autres publications, L’Emotion du paysage (2004), et L’Horizon du sujet (2012), dont les sujets abordés s’inscrivent dans une étude globale sur l’expérience sensorielle au sein de l’espace. La réflexion sur le paysage proposée ici s’appuie principalement sur les travaux d’Erwin Strauss (1891-1975), dont l’approche phénoménologique permet de confronter une vision concrète du paysage et un champ de recherche sur la perception, parfois perçu comme trop abstrait. Cet ouvrage, très généreux, abonde en outils pour mieux saisir la manière dont un espace peut être pratiqué : par des notions, des œuvres, des artistes, des architectes, des paysagistes, etc. Ces différents points d’attache, qui constituent autant de repères dans le voyage engagé au cœur de cet ambitieux essai reposent sur la solide fondation du livre Du Sens des sens (publié en 1935) d’Erwin Strauss, déroulé ici comme un fil rouge. Les multiples démonstrations de Catherine Grout, associant ses propres réflexions à celles d’auteurs ou d’artistes qui ont déjà parcouru la pensée du paysage – et dont beaucoup de références nous viennent du Japon – offrent un bon moyen de dissiper le brouillard qui pourrait entourer des domaines aussi délicats. En plus de constituer une étude complète et très documentée, le livre se démarque par sa dimension politique. Le chapitre To Land – Le champ d’action (p. 85-173) le démontre en abordant le paysage comme un territoire où les questions de frontières, de déplacement, d’appropriation d’espaces par les peuples gravitent tout autour des termes de géographie et de géopolitique.

Référence électronique
Elise Louedec, « Catherine Grout, Le Sentiment du monde : expérience et projet de paysage », Critique d’art [En ligne], Toutes les notes de lecture en ligne, mis en ligne le 27 novembre 2019, consulté le 06 décembre 2019. 

 

Informations

  • 272 pages, 15 x 21 cm
  • ISBN 978-2-87317-499-6
  • 25 €, 2018

Consultez le site de l’éditeur>

x